jeudi 4 septembre 2008

Les cinq à six de la marquise

La marquise sortit à cinq heures.
Comme d’habitude.
Cet horaire laisse aux écoliers trente minutes pour rentrer chez eux et c’est parfait. Le circuit est toujours le même : la rue piétonne, le square, l’avenue, puis le rond-point. Au carrefour, la marquise fait signe, d’un léger tressautement, qu’elle veut traverser. On la suit. Et c’est là, au centre du rond-point, que la marquise se soulage enfin, indifférente au flux des voitures. Il faut dire que l’horaire est bien choisi: la circulation n’est pas trop dense, ce n’est pas encore l’heure de fermeture des bureaux. Du coup les voitures roulent à une vitesse raisonnable et personne ne s’attarde à observer la silhouette qui, penchée vers le sol, saisit d’une main gantée de plastique noir une petite chose tiède et molle, retient un léger haut-le-cœur puis, d’un tour de poignet, retourne le sac sur son contenu, en même temps qu’elle se résigne, ce jour encore, à trimballer son colis sur les cent mètres suivants, dans l’attente de la première poubelle.
Ce jour-là comme d’habitude, la marquise sortit à cinq heures, fit ce qu’elle avait à faire, et ramena sa maîtresse à la maison à six heures.

Geneviève Alméras 

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